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Les signes que ta séance de sport est un désastre pédagogique

Les signes que ta séance de sport est un désastre pédagogique

Maître, on fait sport aujourd’hui ?

Tu es prof et cet après-midi à l’école, tu mènes une séance d’E.P.S. (également nommée séance de sport par les enfants, séance de gym par les anciens profs et projet intra-collectif de performance d’action optimale du corps sur l’espace intrinsèque par les conseillers pédagogiques E.P.S.). Voici les signes que ta séance de sport s’annonce comme un véritable désastre pédagogique.

Tu n’as rien préparé. De toute façon, ça fait des années que tu ne prépares plus tes séances d’E.P.S. La dernière fois que tu as rédigé une fiche pour ton cahier-journal, David Douillet était ministre des sports de Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, il est candidat dans Mask Singer. Ton ambition pédagogique en E.P.S. est aussi déclinante que la carrière de David Douillet.

Malin, tu décides d’expliquer à tes élèves les consignes de ta séance dans la classe. Problème. Comme tu n’as aucune idée de ce que tu vas faire, tu les regardes sans rien dire. Ils te regardent. Tu les regardes. Amara te demande ce qu’on va faire en sport. Tu regardes Amara. Chaque élève attend ta réponse. Une perle de sueur coule le long de la tempe. Bref, tu n’as pas préparé ta séance d’E.P.S.

Tu demandes aux enfants d’aller se ranger dans le couloir. Ils font trop de bruit, alors tu leur demandes de retourner à leur place dans la classe. Ensuite, tu les invites à retourner se se ranger sans bruit. Tu es fier de toi, déjà 5 minutes de sport en moins.

Forcément, ton matériel n’est pas prêt. Alors tu envoies deux élèves chercher trois ballons et le sac de dossards. Les ballons sont dégonflés et Sébastien ton collègue s’est accaparé les 50 chasubles pour ses 14 élèves. Tu as une idée de génie. Tu hésites, tu as presque honte mais tant pis : tu proposes à tes élèves de courir pendant 30 minutes dans la cour de récréation.

Tu emmènes tes élèves dans la cour. Ton collègue Sébastien est en train d’y faire une balle assise avec ses 14 élèves et ses 50 chasubles. « La balle assise », le jeu sportif culte pratiqué chaque jour par des milliers d’enseignants qui eux aussi improvisent à l’arrache leur séance d’E.P.S.

Direction le terrain de sport qui se trouve à l’autre bout du village. Les enfants veulent faire une balle assise mais tu n’a pas de ballon. Certains te demandent s’ils peuvent préparer une danse comme l’année dernière. Quelques-uns se réjouissent à l’idée de courir, d’autres s’y refusent catégoriquement. Tu hésites, tu te sens perdu, tu ne sais pas quoi faire, tu ne sais pas quelle décision prendre. Dans ta tête, tu es Pap Ndiaye.

Au milieu du terrain de sport, tu demandes aux enfants de se réunir devant toi. Ils courent partout, tout le monde s’en fout. Tu siffles un grand coup pour les appeler. Enfin, c’est ce que tu voudrais faire mais tu as oublié ton sifflet sur ton bureau.

Tu les appelles en criant. Ils ne viennent pas. Tu les menaces de regarder, une fois de retour en classe, une vidéo des fondamentaux de Canopé sur la laïcité. Ils rappliquent tous en moins de 10 secondes.

Tu décides de la jouer flex. Tu proposes aux enfants de faire ce qu’ils veulent pendant 30 minutes.
– Un peu comme la récré ? demande Jules.
– Pas du tout, réponds-tu, piqué. Vous êtes libres de sauter, courir, danser, tout ce que vous voulez pendant 30 minutes. Mais ce n’est pas la récréation, ce sont les Activités Physiques Quotidiennes (A.P.Q.)

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