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Cet enseignant est atteint de phobie pédagogique

Cet enseignant est atteint de phobie pédagogique

ParentsProfs donne la parole à Vincent, enseignant, 41 ans. Il souffre de phobie pédagogique.

« Les premiers symptômes de ma phobie pédagogique sont apparus il y a quelques années alors que j’étais enseignant en CE1. J’effectuais une séance de mathématiques où mes élèves manipulaient des emballages pour chercher des angles droits. Je ne me suis pas senti bien. Trop de bruit, trop de bavardages. Quand je leur demandais de se taire, ils cessaient quelques secondes, puis recommençaient aussitôt. J’ai réagi très vite. Je me suis levé, j’ai demandé aux enfants de ranger le matériel et de retourner à leur place. Ils ont travaillé seuls, le nez dans leur fichier de mathématiques. Je me suis assis à mon bureau. Au bout de quelques minutes, ça allait mieux. C’est là que j’ai compris. Je suis atteint d’une phobie pédagogique.

Ces angoisses peuvent survenir n’importe quand. A la maison, je ne peux plus préparer mon cahier-journal car la simple vue d’un document d’accompagnement d’Eduscol, ou pire, du guide orange de Blanquer sur la lecture en CP me donne des nausées. Si je le touche, je suis pris de convulsions. Le mois dernier, mon épouse m’a retrouvé, inconscient, devant mon ordinateur portable. Heureusement, elle a tout de suite su trouver les bons gestes. Elle a fermé la fenêtre du navigateur et j’ai retrouvé mes esprits. J’étais en train de regarder un extrait de conférence de Jean-Michel Zakhartchouk sur Magistère.

Cette phobie pédagogique est très handicapante. Par exemple, mes séances en classe n’ont aucun lien avec le projet d’école, pour la simple et bonne raison que je ne l’ai pas lu. J’en suis incapable. Je ne peux pas tenir entre les doigts un document pédagogique ou administratif sinon je fais de l’eczéma. J’aimerais tellement créer un lien entre le projet d’école et mes apprentissages.
En récréation, quand je suis assis sur le banc et que je discute avec mes collègues, un doux rayon de soleil me caressant le dos, je suis incapable de frapper dans les mains pour rappeler les élèves. Une sorte de paralysie.

Je parviens tant bien que mal à exercer mon métier. Le matin, mes élèves font des exercices de français et de mathématiques. J’espère que ça leur permet d’apprendre des choses. Je n’en sais rien car je ne peux pas corriger les cahiers. J’ai essayé plusieurs fois, mais cela me provoque des tâches rouges sur les doigts. C’est très inquiétant. Alors je préfère ne plus recommencer.

J’aimerais bien être comme les autres enseignants : mettre mes tables en îlots, avoir de belles affiches avec des règles écrites dessus, faire des projets… Mais je sais que c’est impossible. La phobie pédagogique, c’est très dur à vivre. Mais j’ai décidé d’agir : l’année prochaine, je vais devenir chargé de mission au rectorat. »◼

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