Le livret scolaire d'Amélie Etasse

  • Bac ES
  • Licence Arts du Spectacle
  • Ecole de formation de l’acteur Claude Mathieu

Amélie, vous êtes comédienne, auteur et scénariste. On a le plaisir de vous retrouver chaque soir dans le rôle de Camille dans Scène de Ménage sur M6. Si l’on revient quelques années en arrière, quelle élève étiez-vous à l’école maternelle et primaire ?
J’étais à la fois très timide et très sérieuse, ce que je suis restée aujourd’hui. Dans mon travail de comédienne, que ce soit en répétition ou en tournage, je suis très concentrée, je connais mes textes par cœur. Je suis limite chiante quand je suis au boulot.

Les profs devaient vous adorer à l’école ?
Oui, je crois qu’ils se disaient «  Amélie, c’est pratique, elle ne nous pose aucun problème ». Même ma maîtresse de maternelle le jour où elle dut nettoyer le caca de pigeon que je m’étais pris sur la tête. Glamour non ? C’est d’ailleurs mon premier souvenir d’école. Plus sérieusement, j’adorais mes profs. C’était important pour moi : j’avais besoin de les aimer, et j’avais envie qu’ils m’aiment. Je n’étais pas le genre d’élève binoclarde installée au premier rang, mais j’étais très respectueuse, même dans les matières où j’étais moins bonne. Au collège, les profs de maths me rendaient toujours ma copie en soupirant à chaque fois « Aïe, aïe, aïe… Etasse… ».  Et petit scoop, j’ai même pensé devenir professeur des école. Mon stage de troisième effectué en maternelle m’en a dissuadée.

Ad vitam aeternam, je bénis les profs qui arrivent à tenir les élèves toute la journée.

Génial. Comment se sont déroulées les aventures d’une adolescente chez les tout petits ?
C’était une catastrophe. A l’époque j’étais très maigre, pleine de boutons, extrêmement laide. Le problème, c’est que les enfants l’ont vite remarqué. J’avais le droit à « Pourquoi t’es moche ? », « Pourquoi t’as des boutons ? ». L’enfant est un être cruel. Ce stage m’a littéralement épuisé. Je rentrais le soir à la maison, j’étais laminée. Très vite, je me suis dit : C’est hyper riche, c’est passionnant, mais ce n’est pas pour moi. Ad vitam aeternam, je bénis les profs qui arrivent à tenir les élèves toute la journée. Si j’avais été maîtresse d’école, j’aurais demandé à n’avoir que deux élèves dans ma classe, pas un de plus. C’est possible ? (rires)

Ça ne vous a pas empêché de passer le BAFA et de devenir animatrice en centre de loisirs…
J’ai adoré. J’avais 17 ans  quand je l’ai passé et j’ ai été notamment été animatrice pour les 7 – 13 ans dans un centre aéré près à Ville d’Avray. Je donnais des cours de théâtre et de danse aux enfants. Ils étaient très assidus, je leur donnais un texte la veille, ils le connaissaient dès le lendemain… Je sentais que le théâtre allumait ces gamins comme ce fut le cas pour moi plus jeune. Tous les enfants devraient avoir la chance de faire du théâtre. Se confronter aux mots, à la langue française, de manière si ludique. Avoir le courage et l’humilité de monter sur scène pour raconter des histoires.

Crédit photo : Nathalie Mazeas

C’est à cette période que vous avez décidé de devenir comédienne ?
Non, bien avant. Très tôt dans mon enfance. A 5 ans, j’aimais me déguiser et créer des spectacles à la maison. Mes parents m’ont naturellement inscrite à un cours de théâtre, comme d’autres inscrivaient leur petit à un cours de judo. C’était comme une évidence. A 10 ans, avec mon amie Anaïs, on avait même écrit un film : Amélaïs, contraction d’Amélie et Anaïs. Vous remarquerez le magnifique travail d’auteur (rires).  On fabriquait nous même nos costumes, on faisait des repérages au bois de Vincennes le week-end, en faisant fi des autorisations de tournage et on avait même fait signer des autorisations d’utilisation de droit d’image aux parents des enfants concernés par le film. Quand j’y repense, je me demande comment à cet âge-là, je connaissais ces documents. J’étais déjà mordue de spectacle. A cette période, je faisais également de la danse. Deux arts qui m’ont accompagnée toute mon enfance et mon adolescence. Je me souviens qu’à 18 ans, j’étais assise devant mon ordinateur pour choisir mon orientation post-bac. Ma mère voulait que j’aille à la fac, mais ne m’a jamais précisé laquelle. Alors j’ai choisi la licence arts du spectacle à La Sorbonne et mon école de formation de l’acteur Claude Mathieu. Impossible pour moi de choisir autre chose.

Et que ce soit dans le primaire, le secondaire ou à l’université, y a-t-il un enseignant qui vous a influencé directement ou indirectement dans ce choix de devenir artiste ?
Il n’y a pas vraiment de profs qui m’ont influencé. En revanche, j’ai eu des enseignants en français et en histoire qui m’ont particulièrement fait aimer la langue française. Je me souviens notamment de Monsieur Julien en classe de quatrième. Il était très proche de nous. Il avait un vrai amour des textes : il nous encourageait à lire, à découvrir des auteurs et des romans. Il nous poussait même à écrire. Je me rappelle aussi d’un prof d’histoire qui était à l’opposé. Il ne faisait pas ami/ami avec ses élèves. Il arrivait en classe en costume et cravate. Il avait installé une espèce d’autorité distante qu’on respectait beaucoup. C’est ce que j’aimais au collège ou au lycée : avoir une variété de professeurs différents. Certains chaleureux, d’autres plus froids. Par contre, je n’ai jamais vraiment développé d’affect pour mes profs de maths. Etonnant non ?

Il y a de vrais points communs entre un enseignant et un comédien…
Complètement. Le prof est un personnage. En disant ça, je pense à mon enseignant en histoire au collège qui enfilait son costume d’« homme sérieux ». Il est dans une posture, il joue un rôle, il incarne quelque chose qui s’approche du modèle. En classe, un enseignant, comme un comédien sur un plateau, doit mettre de côté ses soucis, sa fatigue, sa vie privée, pour jouer un rôle, séduire son public, le capter, s’adapter aux réactions. Les deux sont sur une scène et doivent faire face à un groupe, gérer leur stress, s’exprimer correctement. Je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas plus de formation à l’expression et à l’éloquence à l’Education nationale, que ce soit pour les profs ou pour les élèves. Il y a plein de points communs entre nos deux métiers. Quand j’enregistre Scènes de ménage, je me dois d’être efficace, juste, en pleine forme. Pour un prof dans sa classe, c’est la même chose. Nous devons tout le temps dégager de l’envie. Ceci dit, la différence entre un enseignant et un comédien, c’est qu’on a trop tendance à traiter les comédiens comme des enfants-rois, et on a oublié de traiter les enseignants comme des Rois.

Question rituelle dans notre rubrique Quand j’étais à l’école, vous devenez Ministre de l’Education nationale, quelle est votre première réforme ?
J’inscrirais les cours de théâtre dans les programmes scolaires. Quand on est réservé, on a vite tendance à se cacher au fond de la classe. Le théâtre est un bon moyen pour sortir de soi, pour avoir le temps et les moyens de s’exprimer, et se rendre compte que la timidité n’est pas une fatalité. Ensuite, c’est un excellent moyen pour créer un vrai esprit de groupe dans la classe. Enfin, ça permet de mettre fin aux jugements entre enfants. Être sur scène, ça force l’humilité : on est dans l’obligation de s’intéresser aux autres. Et puis ça replacerait l’humour et à la comédie au centre de tout : on en a tellement besoin. L’humour sauvera le monde.

La boucle est bouclée, vous venez de jouer un rôle d’enseignante au cinéma ?
Plus exactement le rôle d’une directrice d’école, dans le premier long-métrage de Fabrice Bracq qui s’appelle Les chicoufs. Je penserai bien à vous tous mes chers profs lors de la sortie en salles l’année prochaine.
Et puis surtout, merci mes chers enseignants. Avec le recul, je me rends compte de la responsabilité que l’on vous fait peser sur les épaules. Entre les cours, la gestion du groupe, la place de chaque enfant dans la classe, quelle pression vous avez. Un énorme merci et un énorme bravo. D’ailleurs je profite de cette interview pour demander au Ministre de l’Education nationale de vous payer davantage.

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