Le comte de Bouderbala : On pourrait écrire tout un spectacle sur le métier d’enseignant

Le comte de Bouderbala, pseudonyme de Sami Ameziane, est l’invité de ParentsProfs. L’humoriste actuellement en tournée avec son très bon spectacle revient sur ses souvenirs d’élève, ses anciens enseignants et son parcours.

Crédit photo : Ben Dauchez

Le livret scolaire du Comte de Bouderbala

  • 1997 : Bac littéraire au lyce Paul Eluard de Saint-Denis
  • 2004 : Maîtrise de LEA anglais et italien à Paris 8
  • 2005 : Master à la Business School de l’université du Connecticut

Vous avez obtenu votre bac littéraire en 1997. Que ce soit à l’école primaire, au collège ou au lycée, quel élève étiez-vous ?
En primaire et collège, j’étais un élève particulier, à mi chemin entre le « fayot », l’ingérable bagarreur et l’autiste… Disons que j’avais quelques facilités et j’étais assez bon élève… ou le niveau était très bas donc je devais être très bon (Rire).

Au lycée, la charge de travail personnel a augmenté mais ça allait, j’ai raté de très peu une mention « assez bien » au Bac L. Pendant cette scolarité, le sport m’a toujours accompagné. Le foot, le judo, le ju jitsu, le tennis puis le basket, dès que je finissais les cours ou que j’avais une pause, je filais courir sur « mon » terrain à côté de la maison.

Vous avez effectué une partie de vos études dans une université américaine. Dans votre spectacle, vous vous amusez de la différence entre les remises de diplômes en France et aux Etats-Unis. Pouvez-vous nous rappeler cette différence, et comment l’expliquez-vous ?
C’est vraiment ce que je décrivais dans mon premier spectacle. Aux Etats Unis, le diplômé est en costume, avec ses amis, sa famille, il y a les professeurs de l’université, les administratifs et même des recruteurs qui viennent te proposer du boulot directement sur place. Tu récupères via ton diplôme le fruit des plus belles années de ta vie sur fond d’hymne national américain, tu jettes traditionnellement en l’air ton « Commencement Hat » (chapeau de diplômé) sous les applaudissements de milliers de personnes, c’est vraiment un moment unique.

Alors qu’en France, tu reçois une lettre de la fac avec ton nom, ton timbre, ton enveloppe et même TON écriture sur l’enveloppe. Tu vas chercher ton diplôme dans un bureau tout pourri, une vieille secrétaire te reçoit comme une merde et là, tu files directement au Pole Emploi le plus proche en catimini… C’est aussi vraiment un moment unique de loose (Rire).

Je crois que c’est dans la culture américaine de valoriser voire de survaloriser leurs étudiants car ils sont censés présenter le meilleur système universitaire du monde donc, à mon avis, ils s’en donnent les moyens et demandent aussi aux étudiants d’avoir des moyens, vu le prix des études aux USA.
Les universités américaines savent aussi que c’est une vitrine pour eux que d’avoir de belles cérémonies dans des beaux endroits, au delà du fait qu’une remise des diplômes reste un événement unique, fort et marquant dans la vie personnelle et familiale d’un étudiant, d’où qu’il vienne.

Je recommande vraiment à tous ceux qui le peuvent de partir y étudier, ça m’a changé, ouvert. J’ai fait des rencontres merveilleuses, j’ai pu côtoyer des gens du monde entier avec qui je suis devenu ami. Et la chose importante, c’est que ça n’est pas plus cher qu’une université française, surtout si l’on part via les programmes d’échanges universitaires comme la MICEFA où on ne paie que les droits d ‘inscription universitaire français… C’est un excellent moyen économique de changer son destin et parfois de sauver sa vie.

Enseigner, c’est un métier exceptionnel mais très difficile

A l’université du Connecticut, vous avez donné des cours de français à des étudiants américains. Vous avez également été remplaçant au collège et au lycée où vous donniez des cours d’anglais et d’italien. Quel enseignant étiez-vous ? Aviez-vous le sentiment de jouer vos premiers stand-up, comme un professeur pourrait le faire pour capter l’attention de son public ?
J’étais un enseignant cool, j’aimais transmettre et déconner en même temps, j’adorais ça mais j’ai vite constaté que face à une classe, c’était soit l’un soit l’autre. Puis en passant d’un établissement à un autre, j’ai constaté aussi que pour enseigner, il fallait être avant tout passionné car c’est un métier exceptionnel mais très difficile selon les conditions dans lesquelles on enseigne. Et c’est en bourlinguant que j’ai aussi compris que l’enseignement n’est pas le même si l’on est en ZEP, en ZUP, en ZIP, en ZZR… que ce soit en France ou aux Etats Unis. Il y a des disparités voire des fossés dans les moyens d’enseignement et ça, c’est difficile à accepter quand on a envie de changer les choses mais qu’on est seul pour le faire…

Chez ParentsProfs, on s’amuse du métier d’enseignant et on se joue des clichés qui perdurent sur notre métier. Si vous deviez écrire un sketch sur les profs, ça donnerait quoi ?
J’ai écrit un sketch sur les profs que je jouais dans mon premier spectacle. J’ai puisé dans ma rapide expérience de prof pour en tirer les côtés risibles et il y a tellement de choses à raconter qu’on pourrait même écrire tout un spectacle sur le métier d’enseignant dont j’ai déjà le titre « en saignant »…

A ce propos, je vous confie une anecdote cocasse. Je faisais un sketch sur cette pauvre professeure de dessin qui s’était prise un coup de couteau par un de ses élèves il y a de cela plusieurs années en France. Dans ce sketch, je défendais bien évidemment cette dame en insistant sur le fait qu’elle avait été littéralement abandonnée par l’Education Nationale. Et dans le dialogue du sketch, je joue un ministre de l’éducation qui la visite sur son lit d’hôpital pour lui remonter le moral et lui dit maladroitement « c’est le métier qui rentre… » Un soir que je joue à Corbeil Essonne, dans une belle salle remplie de 1000 personnes, je commence à peine ce sketch et au moment que je parle de « cette pauvre prof de dessin qui s’était faite plantée par un de ses élèves … », au 3ème rang, une femme se met à me hurler dessus en m’interdisant de parler de ça… Le spectacle est évidemment arrêté momentanément…  J’ai découvert par la suite que cette personne… C’était la prof de dessin en question… Ambiance…

Y a-t-il un(e) enseignant(e) que vous n’avez pas oublié(e), et pourquoi ? Quelqu’un qui vous a impressionné, dont vous avez encore en mémoire la personnalité ou les cours.
J’ai une bonne mémoire et je pense aussi que j’ai été tellement marqué par mes enseignants que je peux citer le nom de chacun(e) d’entre elles/eux, les plus marquant(e)s comme les plus insignifiant(e)s. Chaque enseignant(e) m’a laissé une trace et ça a toujours été positif a posteriori. Soit par leur enseignement ils ont déclenché en moi de la valorisation donc du bien être et de la confiance en moi, soit par leur dédain et leurs moqueries, de la rage donc du travail et des objectifs à atteindre pour leur prouver que je pouvais atteindre mes rêves. Les enseignants qui humilient leurs élèves sans s’en rendre compte sont légions mais mieux vaut s’attarder sur ceux qui allument une flamme en eux.

Là, j’ai eu une chance inouïe grâce à elles/eux, j’en profite pour les remercier et les inviter au spectacle que je joue soit au Théâtre Le République soit à l’Alhambra à la rentrée scolaire 2018-2019 et bien sûr en tournée dans toute la France. Pour en citer quelques un(e)s : Mesdames Claudin, qui m’a appris à lire, ou Madame Patron, qui me donnait entre midi et 2 les copies de mes camarades à corriger comme un «fayot»

Vous vouliez devenir basketteur professionnel. Vous avez fait des études de commerce. Ensuite vous avez pratiqué le du slam avec votre ami d’enfance Grand corps malade. Vous avez fait du stand up aux Etats-Unis et en France. En quoi l’école a-t-elle participé de ce que vous êtes devenu aujourd’hui, sur un plan professionnel, mais également sur un plan plus personnel ?
J’ai toujours agi en fonction de mes rêves d’enfant. Quand j’ai commencé à jouer au basket sur les playgrounds de Saint Denis, mon rêve était de jouer en NCAA aux USA, l’école m’y a aidé au départ en m’inculquant la valeur « travail » et ensuite grâce à cet échange universitaire de la MICEFA, auquel je n’aurai pu postuler sans un bon niveau universitaire. Ensuite, monter sur scène, l’école m’y a aussi aidé car c’est, à mon sens, l’école qui façonne les idées qu’on développe sur scène.

Pour moi, l’éducation, c’est la clef de beaucoup de choses mais plus que l’éducation, c’est l’envie d’apprendre, la curiosité et la discipline de travail. Ceux qui pensent que l’école ne sert à rien font une grave erreur, ils devraient dire « certaines écoles ne servent à rien… 😉 » mais en général, s’éduquer, ça sert à tout et tout le temps, c’est à mon avis la base de tout. On devrait s’éduquer toute sa vie.

Un dernier mot pour les parents et les profs qui lisent ParentsProfs.
Continuez de rêver, de lire ParentsProfs et SURTOUT venez voir mon spectacle si vous avez une soirée à perdre.

Drôle, percutant, chaleureux, énergique et malin : On a vu le spectacle du Comte de Bouderbala et on a adoré. Retrouvez-le à L’Alhambra (Paris) à partir du 4 octobre 2018, et partout en France.

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