Les premiers symptômes de ma phobie pédagogique sont apparus il y a quelques années alors que j’étais enseignant en CE1. Au moment de commencer une séance en mathématiques, où j’avais prévu de faire manipuler les élèves, je ne me suis pas senti bien. Pas vraiment un malaise, mais plutôt une étrange sensation dans les jambes. Comme des picotements. J’ai demandé aux enfants de travailler seuls dans leur fichier, et je me suis assis à mon bureau. Au bout de quelques minutes, ça allait mieux. C’est là que j’ai compris. Je suis atteint d’une phobie pédagogique.

Ces angoisses peuvent survenir n’importe quand. A la maison, je ne peux plus préparer mon cahier-journal car la simple vue de mon classeur me donne des nausées, et si je le touche, je suis pris de convulsions. Le mois dernier, mon épouse m’a retrouvé, inconscient, devant mon ordinateur portable. Heureusement, elle a tout de suite su trouver les bons gestes. Elle a fermé la fenêtre du navigateur et j’ai retrouvé mes esprits. En effet, j’étais en train de regarder un extrait de conférence de Jean-Michel Zakhartchouk sur Magistere.

Cette phobie pédagogique est très handicapante. Par exemple, mes séances en classe n’ont aucun lien avec le projet d’école, pour la simple et bonne raison que je ne l’ai pas lu. J’en suis incapable. Je ne peux pas tenir entre les doigts un document pédagogique ou administratif sinon je fais de l’eczéma. Cela m’empêche donc de créer un lien entre le projet d’école et mes apprentissages. C’est vraiment fâcheux.
Pareil pour la récréation : quand je suis assis sur le banc, en train de discuter avec mes collègues, un doux rayon de soleil me caressant le dos, je suis incapable de frapper dans les mains pour rappeler les élèves. Une sorte de paralysie.

Je parviens tant bien que mal à exercer mon métier. Le matin, mes élèves font des exercices de français et de mathématiques. J’espère que ça leur permet d’apprendre des choses. Je n’en sais rien car je ne peux pas corriger les cahiers. J’ai essayé plusieurs fois, mais cela me provoque des absences mentales importantes. Un peu comme si je perdais toute notion du temps, ou plus exactement, comme si je perdais mon temps. C’est très inquiétant. Alors je préfère ne plus recommencer.

J’aimerais bien être comme les autres enseignants : mettre mes tables en îlots, avoir de belles affiches avec des règles écrites dessus, faire des projets… Mais je sais que c’est impossible. La phobie pédagogique, c’est très dur à vivre. C’est pour ça que j’ai décidé d’agir : l’année prochaine, je vais devenir conseiller T.I.C.E.

QUE DU BONHEUR (OU PRESQUE…)


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1 COMMENTAIRE

  1. Devenir conseiller TICE ? Mauvaise pioche. Parce que tu vas devenir le pédagogue de la tablette ! Et au bout de 6 mois tu ne pourras plus monter dans ta voiture pour aller dans les écoles ou à l’inspection.
    Reste dans ton école, avec quelques aménagements la classe est très supportable. Si tu as peur que l’inspecteur s’en aperçoive, pense à échanger ta classe le jour de ton inspection (pardon de ton évaluation de carrière) avec une collègue saine.
    Tu es sur la bonne voie actuellement, fais ton cours en position frontale, fais faire des exercices dans le Bled ou dans 1000 problèmes, fais-les corriger entre pairs, collationne les notes, reporte-les sur une feuille marquée « bulletin trimestriel ».
    Pour l’histoire achète la collection complète de l’Histoire de France en bande dessinée, pour la géographie abonne ta classe à « Rendez-vous en terre inconnue » et pour les sciences achète la collection complète de « C’est pas sorcier ».
    Bien sûr insiste fortement sur le sport (avant et après les récréations, après l’accueil et avant la sortie).
    Avec tout ça tu devrais pouvoir tenir les 42 années qui te restent avant la retraite.

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